L'incroyable histoire de la disparition du pistolet
Par mamie Montpellier
Pour Thomas et Mathilde
Chapitre 1 : en France
Le policier playmobil était sorti de sa boîte la veille au soir, jour de Noël, quand le petit garçon à qui il avait été offert avait déballé son paquet cadeau avec impatience. Le policier était ravi de commencer enfin une vie active d'autant plus que le petit garçon à qui il appartenait désormais lui paraissait sympathique et soigneux pour ses jouets.
D'une façon générale, le monde des playmobils et le monde des humains faisaient bon ménage. La plupart des enfants à qui leurs parents offraient des personnages playmobils en prenaient bien soin et la vie des playmobils était pleine d'aventures passionnantes mais aussi de périodes d'oisiveté parfois assez longues.
La première journée du policier playmobil fut bien occupée. Il dût contrôler son uniforme et son arme de poing : un beau pistolet noir dont il fut tout de suite très fier. Il avait la mission particulière de contrôler, sur les routes et autoroutes playmobil, le respect des règles de sécurité par les automobilistes. Pour mesurer la vitesse des voitures le policier avait à sa disposition un radar mobile qu'il apprit rapidement à régler et à manipuler.
Le soir de cette première journée, il apprit que son maître, comme il le faisait avec beaucoup de ses personnages playmobil, lui avait donné un nom : Roberto Daudet Playmobil. Il sut aussi que le prénom du petit garçon était Thomas.
Alors qu'il s'apprêtait à se reposer après sa journée passée à contrôler la vitesse de nombreux automobilistes, il se produisit un événement assez désagréable. Thomas s'aperçut que le policier n'avait plus son pistolet et se mit aussitôt à se désoler. Roberto était très vexé d'avoir perdu son pistolet et de ne l'avoir même pas remarqué. Un policier doit toujours veiller soigneusement sur son arme et c'est une faute grave que de la perdre. En effet, si elle tombe entre les mains de malfaiteurs cela peut avoir des conséquences dramatiques. De même si des enfants la trouvent et en font usage, ils courent le risque de se blesser ou même pire. Donc Roberto était mécontent de lui et se disait que sa carrière dans la police commençait fort mal. Mais tout s'arrangea rapidement. En effet, tous les humains présents se mirent aussitôt à la recherche du pistolet. Ce n'était pas chose facile pour eux car, à leur échelle, le pistolet était un objet minuscule, mais la sœur de Thomas, une fillette de sept ans à la vue perçante, retrouva l'arme qui était dissimulée dans les cadeaux qu'un roi mage s'apprêtait à offrir à l'enfant Jésus.
Il faut dire que les playmobils déployés ce soir là dans le salon étaient fort nombreux et qu'il régnait un beau désordre. Il y avait, en plus de Roberto, des ponts aériens et toute une foule d'employés de l'aviation qui s'agitait de tous côtés. Il y avait un camping-car immense, occupé par plusieurs familles dotées de nombreux enfants. Et il y avait, appartenant à la sœur de Thomas qui s'appelait Mathilde, une crèche complète avec tous les personnages et animaux habituels, sans compter les rois mage en train d'arriver avec leur chameau qui croulait sous les paquets et blatérait de fatigue, ce qui ajoutait au brouhaha des humains en train de prendre l'apéritif.
Bien que soulagé que l'arme fût retrouvée, Roberto restait préoccupé. Comment son pistolet avait pu se retrouver sur le chameau ? Ce n'était certes pas lui qui l'avait placé là. Il dormit mal, tâtant sans arrêt son arme et rempli de soupçons à l'égard de tous les playmobils qui l'entouraient. Au cours de son insomnie, il se rappela avoir vu un des employés de l'aéroport s'approcher du chameau, il se souvenait très bien du visage peu sympathique de cet homme. Mais son attention avait ensuite été attirée par une voiture roulant très vite et il ne s'était plus préoccupé de l'homme et du chameau.
Le lendemain, Roberto prit son travail dans le même état d'inquiétude. Comme il avait mal dormi, il finit par s'assoupir au bord de la route, bercé par le bruit incessant des moteurs de voiture. Lorsqu'il se réveilla, son premier geste fut de chercher son pistolet à sa ceinture. Peine perdue : le pistolet avait à nouveau disparu.
Le policier était au désespoir. Il fallut plusieurs heures pour que son maître s'aperçoive également de l'absence de l'arme. A nouveau les humains se mirent à sa recherche mais, cette fois, ce fut en vain.
Quelques jours plus tard, les deux enfants humains partirent en Egypte retrouver leurs parents et emportèrent leurs playmobils, à l'exception du camping-car et de ses personnages qui restaient en France chez la mamie de Mathilde et Thomas.
Roberto se disait que si l'un des personnages du camping-car avait volé le pistolet, il allait y avoir du vilain et qu'il ne serait pas là, lui le courageux policier, pour protéger les personnes en danger. Toutefois, plus que les gens du camping-car, il soupçonnait un des personnages de l'aéroport, l'homme qu'il avait vu s'approcher du chameau. En effet, il avait remarqué depuis, sa mine sombre et renfrognée et ses comportements bizarres. Cet homme semblait toujours aux aguets, se tenait à l'écart des autres et n'adressait la parole à personne. Roberto se promit de l'avoir à l'œil pendant tout le voyage jusqu'en Egypte. Mais il ne se passa rien et tout le monde, humains et playmobils, arriva au Caire sans encombre.
Chapitre 2 : en Egypte
Là, Roberto découvrit que les playmobils de Mathilde et Thomas était infiniment plus nombreux qu'en France et que tous ces personnages étaient maintenant en danger avec ce pistolet disparu et sans doute volé par un personnage peu recommandable.
Les employés de l'aéroport furent mêlés à d'autres employés, au sein d'un immense aéroport playmobil. Un gros avion d'Air France faisait l'objet d'allées et venues incessantes de la part du personnel navigant et Roberto avait du mal à garder l'œil sur le personnage qu'il soupçonnait. Toutefois plusieurs jours s'écoulèrent sans incident.
La sœur de Thomas avait toute une famille royale de playmobils qui vivait dans un magnifique château. Roberto, un jour qu'il faisait des contrôles routiers non loin du château, avait aperçu la princesse en train de jouer avec un gros chien noir. Il l'avait trouvée fort belle. Depuis, il revenait souvent dans les parages du château et, chaque fois que la jolie princesse était en vue, comme malgré lui, il surveillait les environs, ne se sentant rassuré que lorsque la princesse avait regagné le château.
Et puis un jour la terrible nouvelle éclata : la princesse avait été enlevée ! Le monde des playmobils était en émoi, le roi et la reine gémissaient de douleur à longueur de journée et l'on ne parlait plus que de ce tragique événement.
Lorsque la petite Mathilde ne trouva plus sa princesse playmobil, le caractère dramatique de cette disparition atteignit le monde des humains. Les deux enfants la cherchèrent partout et Mathilde, en pleurs, finit par solliciter l'aide de ses parents. Ceux-ci commencèrent par dire qu'ils étaient très occupés et que les enfants désordonnés s'exposaient à la perte de leur jouet. Mais Mathilde savait qu'elle avait laissé sa petite princesse bien à l'abri dans son château et que quelque chose d'extraordinaire s'était produit. Son désarroi finit par émouvoir ses parents qui participèrent activement aux recherches, mais de princesse, nulle part. Le papa de Mathilde, de guerre lasse, promit d'en acheter une autre. La petite fille déclara qu'elle voulait SA princesse et pas une autre, et tout le monde se coucha de fort mauvaise humeur.
Dès qu'il sut la nouvelle, Roberto se présenta au château et offrit ses services aux malheureux parents de la princesse. "Je retrouverai la princesse saine et sauve ou je mourrai", leur dit-il. Il commença son enquête à l'intérieur même du château, car il voulait savoir dans quelles conditions la princesse avait été enlevée. Il apprit que c'était à un moment où elle était seule dans sa chambre en train de répéter un chant en s'accompagnant au piano. La femme de chambre de la princesse l'informa que la princesse était une jeune fille vive et courageuse qui ne se serait pas laissée enlever sans se défendre. La jeune princesse avait dû être menacée ou blessée, ajouta t-elle en pleurs.
Un palefrenier du château qui était passé sous les fenêtres de la jeune fille le matin de l'enlèvement, affirma avoir cru entendre un coup de feu, mais, dit-il, très atténué. Roberto pensa que le son du piano pouvait avoir couvert en partie le bruit d'un coup de feu. Cette histoire de coup de feu le turlupinait : peu de gens avaient une arme dans le monde des playmobils, sauf, bien sûr, les policiers.
Et, soudain, il fut persuadé que, si coup de feu il y avait eu, il provenait de son propre pistolet. Il en conçu un sentiment de culpabilité immense car s'il avait mieux surveillé son arme, la princesse n'aurait pas été blessée. Sa résolution de la retrouver devint inébranlable et il se mit à réfléchir intensément. Par où commencer les recherches ? Voilà plusieurs jours qu'il n'avait pas vu le personnage renfrogné et solitaire qu'il soupçonnait du vol de son pistolet. Il est vrai qu'il avait un peu relâché sa surveillance et il se le reprocha amèrement.
Il se mit en faction aux abords de l'aéroport et, le lendemain, à la nuit tombante, il aperçut son homme qui s'éloignait vivement, derrière la tour de contrôle, empruntant une route sinueuse qui menait à la forêt. L'homme portait un sac sur son dos et était vêtu d'un grand manteau avec une capuche qui recouvrait en partie son visage. Mais Roberto l'avait tant de fois observé depuis qu'il avait conçu ses soupçons, qu'il connaissait bien sa démarche. Il était sûr de ne pas se tromper. L'homme se déplaçait à vive allure mais le policier ne perdait pas sa trace. Il s'arrêta enfin à l'entrée d'une espèce de grotte et regarda autour de lui d'un air méfiant. Roberto n'eut que le temps de se jeter dans un fourré pour se dissimuler aux regards du malfaiteur. Celui-ci pénétra dans la grotte et le policier, s'approchant prudemment, entendit l'homme qui parlait. Puis, soudain, il perçut une petite voix qui lui répondait fermement. Il ne douta plus de la présence de la princesse.
S'approchant avec mille précautions, il découvrit au premier plan l'homme qui sortait de son sac un pansement et un gros morceau de pain. Derrière lui, la princesse, attachée par une corde à un pic rocheux, paraissait pâle et affaiblie. Roberto vit qu'elle était blessée au bras, mais la blessure semblait légère. Malgré tout elle tenait tête à son ravisseur et lui disait que ses parents viendraient la sauver et que lui serait sévèrement puni.
Tout d'un coup elle aperçut le policier et ses yeux s'agrandirent de stupeur. Le malfaiteur, comprenant qu'il se passait quelque chose, commença à se retourner tout en saisissant un pistolet dans son sac. Roberto n'avait plus le choix. Il bondit sur l'homme et parvint à l'assommer après une lutte acharnée. La princesse pleurait de soulagement et de reconnaissance envers son sauveur.
Une heure après, ils étaient tous deux au château où là encore on versa bien des larmes de bonheur. Roberto fut traité en héros et remercié de mille façons.
Le brigand qui avait enlevé la princesse fit des aveux complets. Depuis longtemps il projetait un mauvais coup et voulait se procurer une arme. Il avait décidé d'enlever quelqu'un et de demander une rançon à la famille de sa victime car il était cupide et n'aimait que l'argent. Il fut prouvé que l'arme en sa possession était bien celle de notre valeureux policier. Il l'avait effectivement volée une première fois et cachée au milieu des paquets transportés par le chameau, en attendant de trouver une cachette plus sûre. Cette cachette sûre il la trouva lors du deuxième vol : il avoua qu'il avait dissimulé le révolver sous la couche du petit Jésus et qu'il avait récupéré l'arme dès l'arrivée au Caire.
Epilogue
Le lendemain de l'exploit de Roberto et des retrouvailles de la princesse et de ses parents était un vendredi. Les enfants humains n'avaient pas classe. Mathilde se leva plus tard que d'habitude et constata que son frère dormait encore. Machinalement elle jeta un cou d'œil sur son château playmobil. Elle s'apprêtait à s'éloigner quand, sursautant, elle ramena son regard vers le château. La petite princesse était là, auprès du roi et de la reine, le château lui parut pimpant et joyeux.
"Ca alors ! C'est incroyable, se dit-elle, la princesse est revenue !" Pour le coup, il fallait réveiller Thomas. Thomas fut aussi surpris que sa sœur. Mais les deux enfants n'étaient pas au bout de leur étonnement. Une heure après Thomas venait chercher Mathilde, tout excité : "viens voir, vite, regarde mon policier playmobil", Roberto avait dans son poing son beau révolver tout noir. Et encore plus incroyable : les enfants le virent leur faire un clin d'œil malicieux. Mathilde avait pris dans sa main la petite princesse playmobil et Thomas, montrant le petit bras de la princesse, fit remarquer qu'il portait une légère éraflure. "Mais elle n'avait pas cette marque avant de disparaître", dit Mathilde. "Elle a dû être blessée au cours de sa disparition" conclut Thomas.
Dans l'après-midi, la maman de Thomas et Mathilde rangeait quelques affaires dans la chambre. Soudain elle s'exclama : "Ah je vois que vous avez retrouvé la princesse playmobil, tant mieux ! A l'avenir soyez plus soigneux avec vos jouets, ça nous évitera de passer des heures à les chercher". Les deux enfants se lancèrent un regard complice, encore plein d'émerveillement à l'idée des mystérieux événements qui s'étaient produits dans le monde des playmobils qu'ils chérissaient tant.

Roberto et la princesse