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Conférence-Débat (Egypte)

Je suis donc allée à la conférence-débat de Khaled El Khamissi au sujet de son livre « Taxi ». C’était une première pour moi et j’ai été très intéressée. De nombreuses questions ont été posées et des sujets très divers abordés.


Taxi est son premier livre. Il explique avoir déjà préparé plusieurs livres « dans sa tête » et dit avoir attendu ces dernières années pour les écrire car il sent un changement dans la société égyptienne.
En 2005 a eu lieu la première élection présidentielle multipartite. La participation a été très faible et Mubarak a remporté son cinquième mandat. Il n’y a donc pas eu de réel changement politique. Malgré cela l’agitation politique et culturelle est, depuis, grandissante dans le pays. Khaled El Khamissi parle de réouverture de bibliothèques, de nouvelles maisons d’éditions. De nombreux blogs culturels et politiques voient le jour avec une écriture très neuve.

D’ailleurs l’énorme diffusion de son livre aurait inimaginable il y a quelques années. L’édition en arabe a été vendue à plus de 100 000 exemplaires et largement téléchargée sur internet. Sa diffusion dans la société égyptienne est donc exceptionnelle, mais il rappelle que 80% de la population ne connaît pas le luxe de la lecture.


La question de la traduction a aussi été abordée. Car le livre est écrit en égyptien et utilise de nombreuses expressions réputées intraduisibles. Il cite la traduction italienne qui a été faite à l’extrême : les anecdotes et proverbes ont été remplacés par des équivalents de la culture italienne. Le traducteur a largement interprété le texte. Khamissi ne s’en offense pas et indique que c’est un moyen de faciliter l’assimilation des idées présentées par le lecteur italien.
A l’inverse la traduction anglaise a été très fidèle. Les expressions ont été traduites mots à mots. Par exemple, l’échange :
-« Vous croyez en Dieu ? »
-« Il n’y a de Dieu que Dieu »
a été traduit littéralement. Or il ne faut pas chercher à comprendre le sens des mots. Ces deux phrases sont utilisées pour changer le cours d’une conversation, passer à un autre sujet. Il ne faut pas y voir une expression de la foi.
Selon Khamissi, cette traduction est autant une trahison de son texte que la traduction italienne. Que va comprendre le lecteur anglais ?

La traduction française se situe entre ces deux extrêmes.


Une question a été posée sur comment envisager ces changements de la société égyptienne en sachant que les femmes s’enfoncent, elles, dans « leur moyen-âge » (question posée par une égyptienne).
Khamissi répond que la majorité de l’islamisation visible de la femme n’est qu’une islamisation de « surface ». Selon lui, seulement dix à quinze pourcent de la population s’islamise réellement de façon radicale. Le reste de la population ne ferait que semblant pour être tranquille. Par exemple beaucoup de femmes portent la burqa dans leur quartier, mais la retirent pour aller travailler.
Même s’il est vrai qu’en discutant avec des égyptiennes, on se rend compte que le voile ou la burqa sont parfois portés plus par convention que par sentiment religieux, je reste sceptique. Pourquoi les conventions ou la pression du quartier poussent-elles à se voiler ?


Il y a encore énormément de choses qui me restent inconnues sur la société égyptienne, mais cette soirée a été très instructive. Je suis ensuite rentrée en taxi !




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Taxis photographiés hier au centre ville.